Featurings franco-britanniques : les deux plus grosses puissances du hip-hop européen se connectent !

Depuis la moitié des années 2010, la popularité du hip-hop français croît à une vitesse folle à l’étranger, en partie poussé par l’augmentation des collaborations internationales. Selon une étude du Centre National de la Musique, les musiques dites « urbaines » représentaient près de 37% des certifications obtenues à l’export en 2020. Parmi les artistes français les plus populaires à l’étranger, on peut mentionner Niska, Dadju, Soolking ou encore Aya Nakamura qui a réalisé l’exploit de placer 3 de ses titres dans le Top 10 des singles français les plus vendus hors de nos frontières en 2020 !

L’intérêt se fait aussi de la France vers l’étranger. La chanteuse Aya a d’ailleurs invité les artistes britanniques Stormzy et Ms Banks dans son dernier album, et elle n’est pas la seule à choisir de collaborer avec nos voisins d’Outre-Mer. Considérées comme les deux puissances majeures du hip-hop après les États-Unis, la France et le Royaume-Uni se rapprochent à une vitesse folle.

 

Évolution du nombre de featurings franco-britanniques entre 2016 et mai 2021*

 

Pendant longtemps, les deux pays s’orientaient quasi-exclusivement vers les États-Unis, terre fondatrice du hip-hop, lorsqu’il s’agissait de réaliser un featuring à dimension internationale. Or, depuis quelques années, ils ont compris que collaborer entre artistes européens pourrait avoir beaucoup plus d’impact et de sens. D’abord grâce à la proximité culturelle et géographique, mais aussi parce que la majeure partie des artistes américains ne portent pas de réel intérêt au hip-hop européen et exigent des gros billets pour accepter un featuring.

On remarque qu’en 2020, il y a eu plus de featurings franco-britanniques qu’il n’y en a eu les quatres années précédentes cumulées, et l’année 2021 s’annonce encore plus impressionnante. Pourquoi une telle évolution ?

 

Liste des featurings franco-britanniques sortis entre 2016 et mai 2021 (cliquer sur l’image pour voir en détails)*

 

  • Un rapport commun à l’Afrique

Bien que cette évolution puisse paraître soudaine, les connexions entre la France et le Royaume-Uni sont déjà facilitées par leur rapport commun à l’Afrique. Comme le déclarait Passi dans la plaquette de présentation de l’album Bisso na Bisso « On ne court pas après nos racines comme les Américains ». En effet, de nombreux pays du continent africain sont anglophones ou francophones, dû à la présence coloniale britannique, belge et française jusque dans les années 1960. Ainsi, les jeunes banlieusards français et britanniques sont pour beaucoup descendants d’immigrés africains et sont plus directement influencés par les cultures africaines qu’ailleurs. On observe d’ailleurs que beaucoup de ces featurings franco-britanniques sont des morceaux afro. Le fondateur de l’afrotrap MHD avait par exemple collaboré avec la rappeuse de Birmingham Stefflon Don en 2018, qu’on retrouve aussi sur le remix du titre Réseaux de Niska la même année.

 

  • 2019 : Top Boy et montée de la Drill

Dès 2019, les Français s’intéressent massivement au rap britannique avec la sortie de Top Boy sur Netflix et la popularisation de la Drill.

Top Boy est une série britannique qui raconte la vie de plusieurs jeunes londoniens impliqués dans le trafic de drogue et dans les guerres de gang. D’abord diffusée à la télévision entre 2011 et 2013, Top Boy retrouve un second souffle en 2019 grâce à Drake qui décide de produire une nouvelle saison avec l’aide de Netflix.

Cette série constitue une réelle porte d’entrée au hip-hop local, par le scénario qui met en scène le quotidien de jeunes banlieusards londoniens, mais aussi par la bande originale Top Boy (A Selection of Music Inspired by the Series) qui représente particulièrement bien la scène UK actuelle. On y retrouve d’ailleurs des titres de Dave et Little Simz, qui ont leur propre rôle dans la série en tant que Modie et Shelley. Deux autres protagonistes de la série ont également eu une carrière de rappeur dans les années 2000/2010. En effet, le personnage de Sully est joué par Kano, un des piliers de la Grime anglaise, et Dushane est joué par Asher D qui a eu un impact majeur sur la UK Garage avec son groupe So Solid Crew.

En plus de faire découvrir la culture hip-hop anglaise au grand public, la série a eu un impact direct sur le rap français : on retrouve de nombreuses références à Top Boy dans les lyrics et Spotify héberge aujourd’hui des dizaines de morceaux de rap français intitulés Top Boy, dont l’écrasante majorité s’inspire des sonorités Drill.

Comme cela a été mis en avant dans notre article FOCUS : Tout savoir sur la drill, la drill a connu un rayonnement mondial en 2019, popularisée par des artistes comme Pop Smoke notamment. Bien que la drill soit née sur le territoire américain, le regretté rappeur de Brooklyn s’inspirait plutôt de ce qu’en avaient fait les britanniques à travers la Drill UK, et on doit ses plus gros succès à des beatmakers londoniens comme 808Melo ou AXL Beats.

La communauté hip-hop en France, fascinée par la trap depuis le début des années 2010, a été particulièrement séduite par ce genre qui en découle. Dès la fin de l’année 2019, des artistes comme Gazo, 1pliké140, Ashe22 ou encore Freeze Corleone, s’emparent de la drill en s’inspirant fortement de ce qui se fait au Royaume-Uni. Le producteur Flem, partisan des ambiances sombres et inquiétantes, a fortement participé à l’ascension d’une scène drill en France. On remarque d’ailleurs que de plus en plus de clips de drill française intègrent des sous-titres en anglais, stratégie qui suscite un large nombre de vidéos « Reaction » sur des chaînes Youtube américaines et anglaises.

 

  •  Une proéminence des Remix

Voyant l’engouement de la France pour le hip-hop britannique, les labels et éditeurs anglais encouragent considérablement les « French Remix » pour s’implanter davantage sur notre territoire. Il s’agit d’un facteur majeur de l’ascension de ces featurings franco-britanniques puisque plus d’un tiers des collaborations recensées entre 2016 et 2021 sont des remix. Dans les faits, les artistes français sont invités à poser un couplet et/ou un refrain sur des morceaux anglais qui sont déjà sortis afin d’en faire des nouvelles versions qui pourront être exploitées à plus grande échelle.

 

Alors que l’année 2021 est encore loin d’être terminée, le nombre de connexions France/Royaume-Uni dépasse déjà celui de l’année dernière et continue à grimper. Vont-elles se normaliser dans les années à venir ou s’inscrivent-elles dans une simple tendance ?

 

Mady DIABATETeam HHC

 

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