Focus : La mode est-elle encore au Hip Hop ?

Alors que se clôt la semaine de la mode masculine à Paris, à prononcer "Paris Fashion Week", les podiums ont vu défiler moins de hoodies, bananes, bobs ou autres accessoires empruntés à la parfaite panoplie du bboy accompli. Le style, indissociable de la culture Hip Hop, poursuit désormais d'une autre façon sa nostalgie des années 90.

Défilé Paul Smith - Paris Fashion Week 2020 - bob

Après avoir dominé et révolutionné l’industrie musicale en 2019, le Hip Hop continue de s’attaquer à l’industrie textile. Mais cette année, le streetwear évolue.

Selon les dires de nombreux sociologues, le mode se recycle tous les 30 ans. Alors en 2020, si on compte bien, il est ainsi venu le temps de re-vivre les nineties où la vague Hip Hop déferlait sur le monde en provenance des côtes américaines. Pas besoin de calculer pour l’annoncer puisque les collections masculines présentées à la dernière fashion week de Paris ont fait passer le mot : le vestiaire du Prince de Bel Air est ré-ouvert. Mais plus chic qu’on ne le connait déjà.

Du 12 au 19 janvier 2020, chaque podium a ainsi vu défiler des silhouettes aux allures de MC, assagit et ennoblit.

Chez Jacquemus, le caleçon sort grossièrement du pantalon mais a un joli motif. Ce qui n’est pas sans rappeler la tendance du « sagging » venue des prisons américaines et massivement adoptée par les rappeurs des années 90. On y porte le bob à carreaux aussi, fait dans le même tissu que sa veste à capuche. Et pour mettre ses liasses de billets, on n’oublie pas sa minaudière : un mini-sac à main en bandoulière, en proposition d’évolution de la banane bien moins distinguée.

Chez Gunther, les bobs sont en feutre ou en vinyle et se portent avec une doudoune sans manche. Du pantalon baggy tombe des chaînes aussi clinquantes que celles de 50cent. Si les vêtements sont ceux du streetwear, leurs motifs ont été empruntés à la haute-couture : pied-de-poule de l’enseigne Chanel et tartan de la marque Burberry. Des maisons de couture souvent détournées par le rap pour leur symbolique de l’ultra-luxe.

Chez Angus Chiang, on retrouve les couleurs vives du Hip Hop, qui s’était initialement inspiré de la mode africaine dans les années 90. Rouge, bleu, jaune s’affichent alors sur des t-shirts beaucoup trop grands que le Wu Tang Clan porteraient sans retouches. Les aficionados du « Salt-n-Pepa style » apprécieront sans aucun doute les coupes et les couleurs.

Chez Off-White, marque préférée de Kanye West, on a simplement glissé quelques bobs et sweats à capuche au milieu de tous les smokings ajustés. Et la nouvelle Air Jordan 5 a été présentée. Des vêtements unis un peu trop larges, qui pourraient créer la rupture avec le reste de la collection mais se contentent finalement de partager l’idée qu’ils font partie du même dressing. Cette même association des genres, bob-costards, se retrouve au défilé Paul Smith.

Chez Sacai, c’est l’imprimé léopard qui resurgit. Motif phare des années 90 souvent associé à des créoles au diamètre exagéré dans les clips bling-bling de cette décennie, il s’impose à haute dose sur les vestes et combinaisons masculines. Des vêtements qui aurait plu à Lil’kim pour son album Hard core de 1996 s’ils avaient été moins couvrants.

HIP HOP - FASHION WEEK PARIS
Paul Smith /Off-White / Angus Chiang / Jacquemus / © Fashion Network

Ainsi, la mode est un éternelle recommencement en mutation. Le Hip Hop actuel n’est plus celui des nineties et ne se confond plus avec le rap qu’avec le r’n’b.

Notons qu’on abandonne le style bling-bling, en musique comme en mode, pour une version plus raffinée de la culture Hip Hop. Les jeans ne sont plus déchirés, les décolletés ont des cols bien repassés, les sneakers ont des lacets faits, le total look denim n’est plus recommandé, les matières brillent sans strass mais parce que c’est de la soie et les formes sont ajustées.

Le Hip Hop se gentrifie et s’autorise des coquetteries. Et avant que le Bon Marché ne remplace « So Punk » par « So Hip Hop » sur leurs prochains sacs de shopping, n’oublions pas que son berceau sera toujours le Bronx.

Suzon Depraiter
Suzon Depraiter

Responsable Communication de formation, férue de musique et fan de boules à facettes, Suzon est notre rédactrice invitée.

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