FOCUS : Tout savoir sur la drill

Cette année, la Drill a été le genre musical le plus en vogue dans le rap. Non seulement elle permet aux jeunes rappeurs comme Ashe22, Gazo ou encore Ziak de s’illustrer dedans. Mais elle nous fait aussi vibrer avec ses instrus entraînantes. Honnêtement qui n’a pas dansé en écoutant Dior de Pop Smoke ? Et pourtant, ce genre de musique n’était pas destiné à faire danser le public. Les origines sont bien plus sombres. Considéré comme le mouvement le plus dangereux et choquant, aujourd’hui, nous allons décrypter ce style.

 

  • Les origines à Chicago

La Drill est certes populaire aujourd’hui, mais elle existe depuis les années 2010. Tout a commencé à Chicago au 64 Normal Boulevard. C’est ici que le tube « I don’t like » de Chief Keef est né sur une production de Young Chop. C’est la première fois que l’on entend des bruits d’armes à feux sur une production, que l’on voit des hommes armés, que les paroles rapportent des détails crus et violents de la vie de gang. Young Chop le résume très bien et il l’explique ainsi « Au début on appelait ça de la Dead music, parce qu’on ne parle que de flingues et de morts. Des gens meurent tous les jours. C’est juste la vraie vie. Et les gens se sont reconnus là-dedans. » L’essence même de la Drill est née ainsi.

Artistiquement parlant, les productions musicales nous les devons à un autre homme : Londen Buckner (DJ L), percussionniste de fanfare au South Side de Chicago. Pour faire danser les cheerleaders, il tapait le plus vite possible sur sa snare. En se lançant dans le beatmaking, il commence avec des instrus trap alternant kick et clap. Puis, puisant dans son passé de percussionniste, il ajoute des snares à contre-temps sur la production. Le premier beat de Drill venait d’éclore.

 

  • La transformation à Londres

Après la seconde guerre mondiale, le gouvernement londonien invite les habitants de colonies à immigrer vers le Royaume Uni pour combler les postes vacants. C’est ainsi que Londres connaît une grande vague d’immigration en provenance de la Jamaïque, les Caraïbes, Haïti… Puis, vient de nombreuses crises économiques. Les immigrés perdent leurs emplois et se retrouvent forcés de vivre dans des ghettos à Brixton. C’est ainsi que les gangs, les trafics et les agressions se créent. En 2017, on pouvait déjà noter une hausse de 47% des agressions au couteau.

Dans ce contexte, les londoniens se reconnaissent dans l’esprit de la Drill de Chicago. Or, il y avait déjà un genre de rap londonien : la Grime. Ce style puise son essence dans le punk-rock des années 70 mélangé à des influences Afro et Dancehall liées à la provenance de la communauté. Alors que certains rappeurs s’illustrent dedans comme Skepta ou encore Dizzee Rascal. D’autres choisissent de reprendre les codes de la Drill américaine. Mais, ils y ajoutent quelques subtilités : des rythmes provenant de la Grime, des glides dans les productions, un flow plus saccadé et un accent prononcé. On retrouve notamment : Dave, Abra Cadabra, MostHated S1, SL, V9, GiggsIl y a aussi de nombreuses rappeuses londoniennes qui s’illustrent dedans : Shaybo, Ivorian Doll, TeezandosPar ailleurs, à Londres, les armes à feux sont interdites et les activités de gangs sont plus surveillées. Alors, pour ne pas se faire reconnaitre par la police et voir leurs clips se faire censurer, les rappeurs de Brixton se couvrent de doudounes, cagoules, gants et masques. Et le tout a donné la parodie de Big Shaq « Man’s not Hot » qui a été prise et reprise pour ces bruitages. La Drill a connu une réelle métamorphose à Londres. Même si l’essence est la même, le genre musical est plus dansé mais toujours aussi violent dans le contenu.

  • La Drill New-yorkaise

Nous retournons désormais aux Etats-Unis. Les rappeurs afro-caribéens de New-York adorent le mouvement et les productions qui naissent à Londres. Ils se mettent à récupérer les type beats des beatmakers londoniens (808 Mello, Axl Beats…), et à rapper dessus. Mais ils reprennent un contenu plus typique du Gangsta rap en mettant le luxe et la fête en avant. Et c’est ainsi que de nombreux rappeurs s’illustrent dans ce genre comme : Fivio Foreign, 22Gz ou encore Pop Smoke. Il y même des rappeurs plus « mainstream » comme Drake qui reprennent de plus en plus le mouvement, et le popularise encore davantage.

  • Et en France ?

En France, c’est Kaaris qui a suivi la première vague de drill venu de Chicago en 2013. Mais pour la « nouvelle drill » venue de Londres, la scène française se développe chez des artistes moins connus qui se spécialisent dans ce genre. On retrouve : 1pliké140, Negrito, Decimo, le collectif 667… Il y a également des artistes plus exposés comme Hamza, SCH, Dinos ou encore Sofiane qui eux aussi se mettent à kicker sur des instrus de Drill. Marqués par les sonorités et l’authenticité des détails crus dans les lyrics, les français connaissent, depuis quelques mois, une émulation pour le genre.

 

La Drill se propage dans le monde entier à une vitesse fulgurante. On en retrouve au Kenya avec M1llionz, en Australie avec ONEFOUR, au Portugal avec PML, en Germany avec Kojodrill, en Espagne avec Godss Lurex ou encore en Irlande avec Mr Affiliate. C’est un mouvement qui dépasse les frontières, qui n’a pas de genres et qui nous fait vibrer. Cette musique nous plonge dans le milieu du ghetto où la violence est reine. Pour certains, c’est une glorification de la violence qui est à bannir. Les clips se font censurés, les concerts se voient annulés. Mais pour d’autres, c’est une description de la réalité sombre de leur quotidien. Le fait de la censurer serait un moyen de détourner l’attention et donc, d’abandonner les quartiers défavorisés. Et c’était déjà ce que Platon dénonçait il y a des siècles de cela : « Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique ».

Diddy, passionée de Hip Hop et rap. Insta : @talksbydiddy

 

Sources :  Le Règlement « L’invasion de la drill », the Backpackerz « la drill UK, un contre-pouvoir incompris ? », Mouv « La drill vient secouer le rap français », RAPVVS « tous sur la drill », Noisey « Welcome to Chiraq ».

Image : SL – Vicky Grout, The Fader.

Voici une liste pour découvrir quelques sons Drill venus de tous continents :

Diddy_Mathyda

Mathyda Mari, Diddy

Passionée de Hip Hop et rap. 
Insta : @talksbydiddy

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